Ends et Entries* : l’Istanbul en Moi
Le jour se lève mais la ville s’accroche encore à hier, les petits gens sortent de leurs trous, aller! en avant la routine reprend son train!
Le nombre d’habitants et d’immeubles qui s’accroît inlassablement pèse sur le lit de cette ville qui ressemble à un fleuve fatigué.
Ça construit et ça construit, infiniment! Des perceurs qui vous trouent le cerveau, des grues qui se plantent dans votre peau, des bulldozers qui vous effraient d’abord et puis vont démolir l’immeuble voisin…
Les habitants de la ville ne vivent pas la journée, ils la consomment.
Ceux qui arrivent à la consommer font semblant de ne pas voir ceux qui n’y arrivent pas, alors que ceux qui n’y arrivent pas aimeraient être à la place de ceux qui y arrivent.
C’est comme si tout le monde était perché sur un mont d’ordures, trépignant sans se soucier des odeurs qui s’en dégagent. On danse sans entendre la musique.
En musique de fond toujours la prière du muezzin, accompagnateur permanent.
Que vous soyiez croyant ou pas il la dira cinq fois par jour sa prière.
Malgré ce tableau grisâtre en plein milieu de cet amas de bruits mal odorant les oiseaux arrivent à trouver quelques arbres pour s’y percher et à chanter avec acharnement. Et moi, chaque fois, je me surprends à les entendre.
Le fleuve se ravive sur les notes de musique d’un musicien de la rue, et il coule, il coule, il coule…
La nuit tombe, les petites gens retournent dans leur trous et les fantômes joyeux envahissent la ville, tam tam, bang bang, bong bong!…
Deniz Kologlu
A écouter, une pièce sonore sur Istanbul de Deniz Kologlu, 6’58
* “Ends & Entries” est une série qui réunit 15 pièces sonores originales autour des villes de Marseille, Liverpool, Gdansk, Napoli, Istanbul. Ces villes sont toutes multiculturelles, avec une longue histoire et souvent plus tournées vers l’extérieur de leurs frontières nationales. Elles sont des villes post industrielles qui tentent de rebondir notamment par la culture et en particulier le label de capitale européenne de la culture.



