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Dans la solitude des champs de coton


Fondée en 1993 par Jeanne Poitevin et Maxime Carasso, Alzhar travaille avec professionnels, amateurs, comédiens, vidéastes et danseurs, pour proposer ateliers et créations dans les écoles, les universités, les prisons, les maisons de quartiers et les lieux d’art contemporain. Cette année La Cie Alzhar, porte au devant de la scène la question de l’échange, du don et du commerce en Méditerranée avec Dans la solitude des champs de coton, mis en scène par Jeanne Poitevin.

Écrit en 1985 par Bernard Marie Koltès, Dans la solitude des champs de coton, nous présente deux personnages, un dealer et un client, un noir et un blanc, placés dans une situation d’échange en un lieu nocturne. Le commencement de la pièce est un malentendu. Pour le dealer la présence du client en ce lieu vient d’un désir particulier. Le client, lui, revendique sa liberté de trajet: aller où il veut sans arrière-pensées. Il refuse ainsi cette appellation de « client ». C’est le début d’une opposition de points de vue et de regards avant les coups. En 1986 dans Prologue, Bernard Marie Koltès écrivait : « Le premier acte de l’hostilité, juste avant le coup, c’est la diplomatie, qui est le commerce du temps. Elle joue l’amour en l’absence de l’amour, le désir par répulsion. Mais c’est comme une forêt en flammes traversée par une rivière : l’eau et le feu se lèchent, mais l’eau est condamnée à noyer le feu, et le feu forcé de volatiliser l’eau. L’échange des mots ne sert qu’à gagner du temps avant l’échange des coups, parce que personne n’aime recevoir de coups et tout le monde aime gagner du temps. Selon la raison, il est des espèces qui ne devraient jamais, dans la solitude, se trouver face à face. Mais notre territoire est trop petit, les hommes trop nombreux, les incompatibilités trop fréquentes, les heures et les lieux obscurs et déserts trop innombrables pour qu’il y ait encore de la place pour la raison ».

A écouter : Maxime Carasso revient sur la fragilité du texte pour la retranscrire dans un lien social en permanence mis à l’épreuve.

 
icon for podpress  Fragilités [1mn30]: Play Now | Play in Popup

A partir de l’échange commercial, le texte de Koltès pose également la question du désir, celui du client mais aussi celui de l’humain. Désir d’échange entre individus, sans contrepartie, dans un lien de vérité, base de ce qu’est le don. Il aborde la relation entre deux mondes, deux cultures portées par ces personnages qui dialoguent mais ne se comprennent pas, qui « échangent » en restant constamment sur leur position.

A écouter : Heykel Mani évoque le désir dans le texte de Koltès et analyse son rapport au commerce comme prétexte pour aborder un thème plus essentiel : « le lien et l’humain ».

Download Le désir chez Koltès [1mn]

A l’heure où la Méditerranée tend à devenir un lieu de marchandage, d’échange libéral et de stratégie dans le cadre notamment d’Euromed la Cie Alzhar replace Dans la solitude des champs de coton dans un contexte contemporain, en écho avec l’actualité du monde. Jeanne Poitevin traite ici du lien Afrique de Nord – Occident à travers un programme de création et d’échange entre la France et la Tunisie.
Inclus dans le programme de candidature de Marseille Capitale Européenne de la Culture 2013, ce projet théâtral intègre également des créations sonores et visuelles de Sébastien Bretagne et Grégoire Lauvin. Au fil d’un travail qui aura duré quatre ans en partenariat avec Jonathan SUTTON pour le projet Gardens, et le Théâtre Comoedia, la Cie Alzhar a usé de toutes les méthodes de travail pour enrichir sa réflexion: des ateliers aux répétitions publiques. Un enrichissement également pour les comédiens Maxime Carasso et Heykel Mani, tandis que les premières présentations se dérouleront les 16 et 17 avril au théâtre Comoedia à Aubagne.

A écouter : Le travail par étapes autour de ce projet est aussi une matière à réflexion sur les  tentatives de liens en méditerranée, une construction permanente.

Download En construction [3mn30]

Sylvain Gonzalez

Cie Alzhar
alzhar@voila.fr
04 42 26 69 50

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